(article paru dans "Ultra-marathonien", le journal de l'association Ultra Marathon France)
Olympienne 2008
Le Péloponnèse entre caillasse et bitume
Entre trail et route, entre mer et montagne, l’Olympienne imaginée par Auguste Lespinas propose une traversée du Péloponnèse côté sauvage. C’est aussi une grande histoire de rencontres.
Des rencontres uniques, comme celle de la montagne et de la mer, avec un Péloponnèse léché par les vagues. Pas de simples collines, mais une vraie montagne aux allures préalpines avec ses cols et ses routes en lacets, ses sommets rocheux et ses lacs. En témoigne le dénivelé cumulé de la course qui affiche plus de 3 800 mètres positifs pour un total de 180 km.
La rencontre aussi du trail et de la route, avec près de 100 km de bitume contre 80 km de sentiers et chemins. Des chemins rocailleux parsemés de raidillons autant usants pour les cuisses dans les montées que les descentes. La quête de stabilité sur la caillasse est un exercice épuisant quand il se prolonge. D’où quelques chutes et dérapages… Si les tranches de bitume permettent de prendre un relatif repos en déroulant la foulée, l’Olympienne est exigeante au plan musculaire. Sur 82 candidats au départ, 47 élus terminent la course. Le ratio est honnête et témoigne autant de la difficulté que du niveau de préparation des participants. A cela il faut ajouter les conditions climatiques avec une température qui a dépassé les 30°C en journée contre moins de 10°C la nuit…
Autres rencontres, aussi, celles avec les habitants des villages traversés. La vingtaine de ravitaillement qui égrènent le parcours se nichent au cœur de ces villages, tenus par les habitants prêts à passer la nuit pour tendre un gobelet ou faire chauffer une soupe. Un bain de contacts chaleureux, au-delà de l’obstacle de la langue.Et puis, bien sûr, des rencontres entre coureurs, car la course est organisée dans un esprit particulièrement convivial. Pas moins de onze nations étaient représentées cette année, avec notamment les USA qui fournissent un vainqueur aérien, le jeune Topher Gaylord qui survole la distance en un temps éblouissant de 17h35, record absolu de l’épreuve. Suivi pas l’Allemand Jan Prochaska, dont la performance est tout aussi remarquable (17h50). Le premier Français est le discret et néanmoins efficace Claude Molet (8e en 22h59) qui finit quelques minutes après la première femme Elker Strecher (Allemagne).
Sur le pas d’Auguste de Néméa à Olympie
Enfin, la rencontre avec l’Histoire, celle qui porte un grand « H » comme « Hellénique ». Une rencontre nourrie par Auguste Lespinas, qui a tracé cette course pierre par pierre entre deux hauts lieux antiques : les stades de l’ancienne Néméa à quelques foulées de Corinthe et d’Olympie. Pour marquer la disparition récente d’Auguste, les Kékés du Bocages, réunis autour d’Hubert Gautron, avaient décidé de rendre hommage à l’un des leurs en formant une importante délégation composée de plus d’une quinzaine de coureurs. Un émouvant hommage lui a été rendu par Antoine Pierson, lors de la cérémonie de remise des récompenses : « Passionné d’histoire, amoureux de la Grèce, il avait trouvé dans les courses longues ultras l’union de l’effort physique, de l’Histoire, de l’aventure et surtout de la convivialité et de l’amitié. Cette Olympienne, il l’a rêvée, il l’a bâtie ; non pas pour une gloire personnelle, mais pour nous la faire partager et pour qu’elle vive au-delà de lui. Chaque goutte de sueur, chaque douleur musculaire, chaque ampoule, chaque moment de découragement lui sont offerts comme les ancêtres grecs le faisaient à leurs dieux il y a 3000 ans. » Sa soif d’exploration a conduit Auguste à participer - parmi tant d’autres curiosités - à de très nombreuses courses et même à plusieurs raids Citroën en 2CV Cross ou encore à créer le fameux Enduro pédestre des sables d'Agon-Coutainville sur les plages normandes, la première course en France organisée sur le sable. Sa passion hellénique l’a conduit à fréquenter les bibliothèques où l’on trouve aujourd’hui son livre « Douze siècles de jeux à l’Olympie : de 776 avant J.-C. à 393 après J .-C. » (éd. Vigot). Un ouvrage qui, tout comme l’Olympienne, constitue l’une des pierres offertes en héritage par Auguste. Mais si les écrits restent et se transmettent, la course, elle, mérite d’être portée par les coureurs. C’est aussi le message que les coureurs de l’édition 2008, tels les coursiers antiques, avaient envie de transmettre… Pierre Mitev