Patrick Jannin-Oms
Issue d’une famille d’artistes, Patrick Jannin-Oms exprime
très tôt une aspiration pour les arts graphiques, le dessin, la peinture,… Et
le modelage, qu’elle découvre par hasard en s’inscrivant aux cours du soir de
l’Ecole Boule. Elle n’a alors que 16 ans…
« J’ai tout de suite senti une aspiration pour le
travail de la matière. Mais je n’avais pas encore trouvé ma voie. Quand je me
suis ensuite retrouvée aux Beaux Arts, je n’ai pas vraiment suivi la filière
classique, je trouvais la formation trop académique. J’ai plutôt cherché à y
puiser ce dont j’avais besoin pour progresser dans ma propre recherche. »
C’est alors qu’elle fait la connaissance d’un sculpteur et
d’un peintre qui l’introduisent progressivement dans le milieu artistique dont
ils sont les chevilles ouvrières. « Ce fut une véritable révélation. Le
fait de côtoyer ces artistes beaucoup plus âgés que moi et de partager leur
quotidien a forgé ma vocation. J’ai acquis la conviction que ce que je voulais
faire, c’était de la peinture. » Parallèlement aux études, sa soif de
découverte l’entraîne à suivre les cours du soir de la Ville de Paris, où elle
côtoie amateurs comme professionnels.
Un jeu de couleurs, formes et granulosités
Sa peinture est d’ores et déjà résolument abstraite. « J’ai
laissé le figuratif avec les ateliers de
s Beaux Arts pour puiser mon
inspiration dans les formes, les lumières, les musiques qui imprègnent mon
environnement et mes pensées. » Son travail repose sur l’expression
d’élans issus de ces perceptions ; d’impulsions qui se révèlent
progressivement et auxquelles elle laisse libre cours. « En découvrant
la gravure aux cours du soir de la ville de Paris à Montparnasse, j’ai été
attiré par cette technique qui me donnait la possibilité de diffuser plus
largement mon travail. C’est à cette période que je commençais à exposer et à
vendre mes gravures dans différentes galeries. »
Patrick Jannin-Oms a 30 ans… et la gravure devient mon
univers. En compagnie de celui qui allait partager sa vie et une bonne partie
de sa vocation, elle se lance à l’assaut des différentes techniques. De la
linogravure à la sérigraphie..
« A l’époque, le marché de la gravure était assez
porteur. J’ai eu la chance d’accrocher une première galerie qui m’a présentée
avec succès. Cela m’a confortée et encouragée à prendre contact avec des
galeries plus cotées autour de Saint-Germain-des-Prés et des éditeurs. »
Ses gravures s’appuient sur une exploration du relief dans
le corps du support de papier, dont la texture est soulignée par un jeu de
superposition et de juxtaposition d’aplats de couleur, de formes ou de
granulosités différentes. « La gravure est une discipline très riche,
car il est possible de travailler le métal dans de très nombreuses directions.
Celui-ci peut être gravé en creux ou en relief, martelé, scié, mordu à l’acide…
J’utilise aussi des abrasifs et des pièces de textures différentes. »
« La gravure est un langage qui me parle »
Au fil du temps, sa signature est reconnue dans le monde de
la gravure. Une progression notamment soutenue par le travail des éditeurs qui
font circuler les œuvres au-delà des frontières de l’Hexagone. La jeune artiste
se construit très vite une véritable signature. Une signature vivante, nourrie
d’une quête permanente dans l’expression comme dans l’exploitation de la
technique elle-même.
« Au départ, je travaillais essentiellement le
métal, aujourd’hui, je pense maîtriser suffisamment cette technique pour
incorporer d’autres matériaux, tels que le tissu ou le sable. La gravure est
pour moi un véritable langage, comme le solfège peut l’être pour le musicien.
Sa maîtrise permet d’oublier la technique pour se concentrer sur le ressenti,
de se faire plaisir. Il y a toujours une petite part de hasard dans mon
travail, mais je m’en sers, ce n’est pas ce qui me guide. C’est un langage qui
me parle. Je sais où je vais, dans quel sens j’évolue même si je suis souvent
surprise de ce que cela me permet d’exprimer. J’ai le sentiment de suivre une
forme de cheminement. Mon plaisir est de toujours progresser dans la
technique pour parvenir à encore davantage de liberté.»


Un cheminement que Patrick Jannin-Oms entremêle de périodes
consacrées à la peinture. « Ce sont deux techniques très
complémentaires. La gravure est un long mode de construction qui doit passer
par plusieurs phases successives avant que le résultat final ne se révèle
vraiment. Il y a l’esquisse initiale, puis la gravure proprement dite quand je
travaille la matière, ensuite la disposition des plaques, l’encrage,
l’essuyage, les différents passages… Alors que la peinture est plus directe et
plus
spontanée ; j’entre tout de suite dans le sujet. Et puis, même si je
me suis davantage fait connaître avec la gravure, la peinture représente quand
même ma base... »
Cette alternance constitue au final une forme de continuité.
Car, même si les gravures sont paradoxalement souvent plus colorées que les
toiles, les sources d’inspiration sont les mêmes. Les formes d’expression aussi.
Pierre Mitev